• Lettre ouverte aux démolisseurs

    " Un homme a absolument le droit, s'il n'a pas de toit et s'il voit un logement vide, de l'occuper. Les squatters ont un droit moral. "                                    Henri Grouès, dit, abbé Pierre

    Ker Béthanie, île de Groix. Cette petite maison, cachée dans le fond d’un vallon, nous  la voulons, sauvée !
    Nous la réclamons. Puisque vous ne savez qu’en faire. Parce qu’après tout, c’est avec notre argent que vous l’avez acquise, laissez-la nous qu’on en fasse mille et une choses.

    «Rachetée par le conservatoire, la maison Gavet sera détruite» découvrait-on, le 8 octobre dans les pages du journal local. 360 000€ dans le vent, sans compter le coût de la destruction.

    La construction de cette maison survint après la guerre. La Doctoresse Marie-Antoinette Gavet, du réseau «Manipule» de la Résistance, la fit construire à l’écart. Loin du bourg, loin des petits villages, loin des gens. Elle en avait vu des gens, et elle en voyait encore, qui venait au monde chez elle, au milieu de la nature, face à la mer.

    Aujourd’hui, c’est un lieu-dit : Ker Béthanie, c’est la maison, et le vallon.
    Voilà un nom bien porté: Béthanie, en «terre sainte», est le village dans lequel, selon les évangiles, Jésus aurait ressuscité Lazare. Il fut ensuite un lieu de repos pour les pèlerins qui se rendaient à Jérusalem,  un lieu de soins pour les malades et nécessiteux, lépreux en particulier. Béthanie dérive de l’Hébreu Beth-anie ou Ananiah, maison de l’Affliction (se dit de quelqu’un qui est affligé: frappé durement, accablé d’un mal, d’un malheur)...

    Par chance, l’article du 8 octobre tomba dans les mains de jeunes nécessiteux, qui venaient de perdre leur toit, suite à leur expulsion de la maison du Haut-Grognon,  à l’abandon dans son vieux Fort fermé, acheté lui aussi par le Conservatoire.

    M. Bredin, délégué du Conservatoire en Bretagne et hostile aux nécessiteux, cherchait à discréditer les anciens occupants du Haut-Grognon en affirmant dans le journal local du 9 mars, « Leur première occupation sur le fort avait déjà été accompagnée de nombreux dégâts. Faire du logement social dans cette maison isolée serait une aberration économique et écologique. Il faut rendre le site à la nature et la détruire. »
    Les «nombreux dégâts» dont parle ce faiseur de rumeurs sont les nombreux mots et dessins, laissés par les nombreuses personnes de passage pendant l’été. Mais il oubli de mentionner que les occupant-e-s du lieu avaient pris à leur charge la rénovation d’une pièce de la maison, ainsi que les travaux de sécurisation du fort qu’ils avaient ensuite ouvert au publique, nombreux à y entrer pour la première fois.

    M. Bredin résumait son culte de la nature dans d’autres pages locales, la veille: « il faut réhabilité le paysage, un patrimoine beaucoup plus important que cette maison ».
    Mais le paysage de l’île est déjà protégé, par la loi littoral qui interdit toute construction dans une bande de 100 mètres à partir de la côte.

    Certaines personnes, dont le maire et certains élus, évoquent leur souhait du respect de la loi, «stricto sensu» d’après le journal du 11 Mars, arguants donc que cette maison proche de la côte doit être détruite, d’après la loi. Mais il n’en est rien, puisque cette maison se trouve à plus de 100 mètres de la côte... et de toute façon, elle fut construite bien avant cette loi littoral...
     
    De plus, M. Bredin peut se promener à sa guise dans plus d’une dizaine de vallons sauvages sur l’île, dans lesquels aucune maison ne «fait tâche» comme disait l’adjoint au Maire dans la suite de l’article du 8 Mars: « elle est symbolique, mais cette habitation fait tache dans le paysage »...

    Il ajoutait que « Les maisons ne tombent pas du ciel. Ces jeunes devraient plutôt chercher à travailler. » en oubliant de préciser que le travail ne tombe pas du ciel non plus, et que même si c’était le cas, certaines personnes n’iraient pas se tuer à la tâche, bien que ça soit dans l’air du temps. Curieux qu'on ne s' en prenne jamais aux riches qui, eux, ne travaillent jamais, mais font travailler les autres : « bel exemple pour la jeunesse !... » Vous stigmatisez les jeunes rebelles à l'oligarchie, pour mieux vous soumettre à vos maîtres protégés par les paradis fiscaux, intouchables, derrière des chambres de compensations comme « Clear Streem » ! Quel courage !...

    La résistance à l’argent, au nucléaire, aux armes, aux inégalités, aux «idées reçues», bref, la Résistance, est un «travail» à plus que plein temps pour les motivé-e-s, et tout aussi honorable qu’un autre, puisqu’allant dans le sens de la conscientisation et de l’émancipation de l’humanité. « Résister, c'est d' abord réfléchir, Soupeser. Puis imaginer la suite. » comme dit Denis Robert.

    Le 9 Mars eut donc lieu une assemblée générale, dans la salle des fêtes du bourg, très largement annoncée par les occupant-e-s dans les journaux locaux, et par  G.R.O.I.X. sous forme d’affiches.
    Puisque « Le destin de la maison est scellé », d’après les articles du jour et de la veille (serait-ce la presse qui gouverne?), seule une vingtaine d'irréductibles grognons s’y rendaient. Toutes et tous furent contre cette démolition, mais il n’y eut pas de consensus autour de l’avenir du lieu. Ce débat déjà ouvert, reprendra pleinement si la maison est préservée. L’urgent était de sauver ce symbole insulaire, en très bon état, pouvant servir aux associations ou autre...

    Il y eut consensus pour la pétition contre la destruction. 

    http://www.petitionpublique.fr/?pi=groix569

    Les Squateureuses, et le Groupe G.R.O.I.X.


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